Boum n°8

Le souffle de l’indépendance

L’édito de Dany Norbert

Cher Pierre-Emmanuel Barré,

Quelle semaine !

D’abord, vous révélez au grand public l’identité du [pas]Saint-Patron de Saint-Roustan, ce qui vous vaut le courroux du gourou de la mairie, et ensuite, paf, vous décidez de rayer la commune de la carte sur laquelle personne ne l’avait jamais trouvée, comme pour vous débarrasser du problème… Emballé c’est pesé, comme disait Martine Péquelin en tendant un paquet de coucouilles huileuses à ses clients.
Et à Saint-Roustan, le maire comme une bonne partie de ses administrés acquiescent sans broncher outre mesure, se rendant, le bouquet de chrysanthèmes à la main et la larme à l’œil, à leurs propres funérailles, sans même se demander pourquoi il n’y a pas de cercueils ni d’urnes… Et bien sûr, le bon Maurice en a profité pour déclarer la grâce générale et se laver de toutes les affaires salissantes qui lui collaient au derrière.
Sauf que, Monsieur Barré, les journalistes de Boum y étaient, quelque peu amusés avouons-le. Ils étaient présents également lors de la célébration du 14 juillet et, outre les certes pétaradants feux d’artifice qui leur ont pété les tympans, ils semblent toujours bien portants aujourd’hui.
Quant à l’édile, s’il peut s’amnistier des égarements passés, il ne peut pas le faire des présents et futurs, et c’est notre journal qu’ont choisi l’ex-commissaire Edamsborg et Sylvain Dong pour leur entretien au sujet de la BD du maire, dont ce dernier aurait peut-être réalisé la couverture au mépris de l’éthique…
Je leur laisse la parole.


Un dessin animé !

L’interview de Sylvain Dong par l’ex-commissaire Juan Batista Edamsborg

Ce n’est pas que je n’aime pas voir les gens, c’est que je n’aime pas que les gens me voient… Fallait que je le dise dès le départ.
Je veux bien consentir à vous interviewer mais comme je sais ce que vous allez dire, je me demande encore si c’est vraiment nécessaire…
Vous savez quoi ? Je vais m’aider du guide de base du journaleux.
Qui, quoi, quand (les 3 W, quoi).
– Alors Sylvain Dong, qui êtes-vous ?

– D’abord, je tenais à vous remercier d’avoir bien voulu vous rendre à mon domicile au 3ème étage de l’église-HLM. Si l’ascenseur n’était pas en panne, vous pensez bien que je serais venu vous voir. Comme vous l’avez dit je m’appelle Sylvain Dong. Dong étant bien entendu un pseudonyme puisqu’à mon grand regret, je n’ai aucune origine asiatique connue. Je suis dessinateur-illustrateur, donc par définition : pauvre. Et en plus je suis handicapé, comme vous l’avez constaté quand je vous ai roulé sur le pied avec mon fauteuil roulant, même si vos propos à ce sujet étaient inaudibles…

– Tout ça est bel et bon mais, mis à part que je n’en ai rien à foutre, peut-être que cela nous amène subrepticement à la deuxième question : qu’est-ce qu’il vous a fait, vraiment, le maire, hum ?

– Pour sa soit-disante bande-dessinée que personne n’a lue, il a lancé un appel d’offres auprès de plusieurs dessinateurs comme c’est d’usage quand on utilise des fonds publics pour financer un projet. Chacun, en plus d’un CV et d’un devis, devait envoyer un dessin-test représentant le personnage principal : Supermomo, c’est un surnom péjoratif que je me permets de lui donner… Sauf que ces dessins-tests n’ont pas vocation à être utilisés, ils restent la propriété de leur auteur, même s’ils ne sont pas à la hauteur. Je sens bien que je vous fais chier mais comme vous m’avez prévenu n’en avoir rien à foutre, je me permets de poursuivre. Madame Gourguechon m’a fait savoir qu’aucun des dessinateurs sollicités n’avait été retenu par le maire, mais mon dessin a malgré tout été utilisé pour la couverture de la BD, sans que personne n’en ait ni le droit ni le gauche, sans me payer et en remplaçant ma signature par une autre, ce qui dans la profession est l’équivalent d’un crime de lèse-majesté.

– Et vous croyez qu’on va vous croire ? Ou cela vous est égal ?

– J’ai 2 millions 825 000 preuves. N’étant pas un débutant, j’ai pris soin de faire authentifier par un huissier de justice chacun des pixels employés dans ma réalisation numériques.

– Cette Lia, dont tout le monde vous reproche de la fréquenter, quelles sont ses origines ?

– Que les choses soient claires : je n’exploite pas Lia pour la réalisation de mes dessins. Je travaille à la main sur tablette graphique. D’ailleurs je ne l’ai rencontrée qu’une seule fois, lors du vernissage d’un buffet au Festival du bois…

– Quand vous nous dites que chaque chapitre de la grande œuvre Les Chroniques de Saint-Roustan, vous pouvez le démonter brique par brique en donnant une autre version des faits, vous avez des exemples ?

– Euh… Je n’ai jamais dit ça… J’aurais pu vous répondre si j’avais eu connaissance de l’entièreté du scénario de la BD du maire, mais ce n’est pas le cas…

– L’analyse du « niquez vous » qui résumerait la problématique de Pierre-Emmanuel Barré de suggérer de « niquer son maire », vous trouvez ça plausible ?

– C’est une expression que j’affectionne, mais je ne vois pas ce qu’elle vient faire dans cet entretien…

– Vous comptez vous représenter pour un 15e mandat ? Remarquez, moi je m’en fous mais c’est écrit sur mon papier…

– Euh… Mais moi, chuis pas maire…

– Ah bé zut, je me suis trompé de fiches, où avais-je la tête ?
Il me reste une question qui ira très bien pour chacun : « On nous dit que la fin du monde est reportée sine die. Bon, admettons, mais on nous rajoute de rester vigilant ». Comment il faut le prendre à votre avis ?

– Euh à mon avis, il faut rester vigilant en effet. Parce qu’on n’est pas à l’abri qu’un événement imprévu se produise inopinément à l’improviste… Surtout s’il est impromptu. Ceci dit, j’ignore complètement ce que signifie « cinédié » donc je ne suis pas certain que ma réponse apporte grand-chose au débat…
En tout cas je vous remercie très sincèrement pour cet interview. Et aussi pour les petits dessins que vous avez faits avec votre stylo-bille sur la table en bois du salon, qui démontrent que chacun son métier… Et aussi pour avoir laissé un demi-cookie dans la boîte.

Les gribouillis d'Edamsborg

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