Edamsborg – Journal d’un marcheur de nuages n°3

Les sirènes du porc

Il ne faut pas s’habituer à l’impossible.
C’est ce qu’il se disait tous les matins en se réveillant à Saint-Roustan dont il savait bien que ça n’existait pas.
Edamsborg était de ceux que rien n’étonne.
Il fallait juste que les choses s’emboîtent mais il n’était pas pressé.
Quand ça ne s’emboîtait pas, c’est que le temps n’était pas venu encore.
Il fallait de la patience.
S’il n’avait pas eu de patience et de compassion, il aurait fait un autre métier : entomologiste (lépidoptérologue plus précisément), ça, ça lui aurait plu; sauf qu’à 14 ans, il avait ressenti les aiguilles plantées dans les papillons de sa mémoire comme une dague acérée dans son propre torse…
On avait eu beau lui en offrir avec un grand panneau de liège et des épingles à grosse tête, il s’était dit que ce père Noël était un pauvre bougre, à écouter tous les ragots. Brrrr…
Tout ça doit bien avoir un sens : pourquoi pensait-il aux papillons de sa jeunesse ?
Il avait faim, c’est ça !
En marchant le long de l’ancien chemin de halage qui bordait la Roustinière, il laissait aller ses sensations pour les recevoir comme des intuitions…
Et s’il avait faim, il devait y avoir un rapport avec les papillons, ou pas. Il devrait, en tous cas.
Surtout ne pas chercher : laisser venir !
Ce Z, alors ? Ce référendum, quel rapport ?
Cette suspension était-elle nécessaire au point de tricher quant aux résultats de ce vote ?
Et pourquoi ? Qui a intérêt à ce que le groupe des Habitants de Saint-Roustan soit suspendu, pour quoi faire, combien de temps ?
Trop de questions et des mobiles improbables.
Jusqu’à penser que Pierre-Emmanuel Barré (qui tire les ficelles de cette non existence depuis le début) y soit pour quelque chose. Quoi ? créer une ville qui n’existe pas et empêcher ses habitants de maîtriser vraiment ce qu’il s’y passe ?
A croire que cette tournée d’été lui ait tourné la tête !
Qu’il ait besoin que Guilhem Maurice dévoile sa tentative d’Iznogoud, jaloux qu’il serait de n’exister pas selon la volonté du créateur ?
Sa tête tournait : les papillons, l’appétit d’un Barracuda.
Autant aller à l’auberge.
On ne trouve pas plus de réponses le ventre vide.

Dom Fargas

ÉDITION PAPIER

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