Edamsborg – Journal d’un marcheur de nuages n°4
Pepito mi corazon !
Non, là c’est bon quoi ! Il veut bien être devenu détective en auto-entrepreneur après une carrière impeccable dans la Fonction publique, l’enquêteur Edamsborg n’avait accepté la mission de retrouver le ou les farceurs qui avaient tagué un Z sur le panneau de Saint-Roustan que parce que Guilhem Maurice était un ami d’un voisin de sa mère…
Pas mort d’homme, pas de mobile, pas de témoins, il s’était dit que l’actualité ferait oublier vite fait sa promesse à l’édile de se décarcasser pour résoudre l’énigme.
Qu’est-ce qu’on s’en fout de qui tague la nuit ! Y a plus grave relativement. La tricherie au référendum, pas ses oignons, la suspension revendiquée par des farfelus, tout ça ne le regardait pas.
Mais zut, de la peinture au même endroit, de la même couleur en plus !
Bon, au moins, le motif de l’artiste était très différent.
Au bout de l’entretien, en essayant de trouver des arguments pour calmer le maire (après tout, un cœur, c’est super gentil, autant en rester là ! même le laisser sans l’effacer, c’est un signe de tendresse pour la ville… Déjà qu’elle n’existe pas et qu’elle a des dizaines de milliers d’amis ! il aurait dû être content), ça n’avait fait qu’empirer l’ire de l’édile.
Il l’avait observé s’énerver, gesticuler, vouer la moitié de la commune aux gémonies et s’était mis à rêvasser à ces escaliers où l’on exposait les corps des criminels dans la Rome antique.
Pendant que le Maurice déblatérait, Edamsborg se demandait comment qualifier cet exercice : était-il en train de vilipender ? Mettre au pilori, traîner dans la boue ses interlocuteurs imaginaires ?
Comment sortir de cette scène somme toute déplaisante sans vexer sa mère ?
De toute façon, le Maurice, faudrait qu’il se calme tout seul.
« Je suis pas psy », se disait Edamsborg, c’est pourtant de ça dont il aurait besoin ce maire débordé qui se noie dans une flaque d’eau. Voilà, c’est ça : dire hum, hum et laisser évacuer le trop plein d’adrénaline.
Au pire, il lui dirait qu’il n’y a pas de problème, que l’enquête suivait son cours, que des pistes allaient être explorées, qu’on tient le bon bout, qu’il ne sert à rien de s’énerver, que les réactions d’émotions ne feraient pas avancer…
Non, il ne lui dirait rien de tout ça.
D’ailleurs, il commençait à faire trop chaud dans ce bureau et il serait mieux sur la rivière à la pêche.
« Oui, tiens, j’ai l’image : Monsieur le maire, on va les appâter, ils mordront à l’hameçon. Je m’en occupe ».
Et hop, on se serre la main et ouf ! Ciao…
Dom Fargas
ÉDITION PAPIER




















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