Le Saint-Roustan Post n°8

« Être ou ne pas être, telle est la question » (J’expire)

La question de l’existence et de l’inexistence est au cœur des préoccupations de celles et ceux qui se préoccupent de quelque chose.

À Saint-Roustan et dans la ZAD, les avis sont partagés mais une chose est unanime : existants ou non-existants, tous ont le sentiment d’exister.

« Je ne suis pas un habitant de Saint-Roustan, je ne sais même pas où c’est. J’ai juste rejoint le groupe Facebook des Amis de Saint-Roustan il y a 4 mois. Donc j’existe, c’est sûr. »

(Ludovic Guichard – habitant de Josy-sur-Larsec)

« Moi l’autre fois je me suis fait mettre un ITT de 3 jours sur la gueule par une fiotte de chez la jeune harde ce bâtard ! Je m’en fous parce ke je travaille pas mais c’est bien la preuve ke komme koi j’existe. »

(Ka Dehair – habitant de Saint-Roustan)

Et Dieu là-dedans ?

Le Professeur Jouclan a prouvé l’inexistence de Dieu en 1960. Mais puisque le Professeur Jouclan n’a jamais existé non plus, certains s’interrogent sur la validité des résultats de son étude. Parmi ceux-là, certes, certains n’existent pas non plus. Mais s’interroger, n’est-ce pas déjà exister ? « Je pense donc je suis », affirmait René Descartes. Alors la question devient : peut-on ne pas avoir existé et, par l’action de la pensée, de l’inter-rogation ou d’une étude scientifique, se mettre soudainement à exister ? A contrario de l’inverse, peut-on exister et, en rejoignant Saint-Roustan qui n’existe pas, se mettre subitement à ne plus exister ? Si oui, est-ce que c’est douloureux ? Tant de questions sans réponses, tant de réponses sans questions.

Certificat de Non Existence

En tout cas, le maire Guilhem Maurice ne semble pas s’embarrasser de tant d’interrogations. Puisqu’il n’existe pas, pourquoi les autres existeraient-ils ? Et s’ils existent, faisons comme si ce n’était pas le cas. Tel semble être ce qui l’a motivé à créer un « Certificat de non existence », sorte de passeport attestant de la non existence de ses administrés. Reste à savoir à qui, et sous quelles conditions, le fameux passeport sera accordé, et s’il ne sera pas un objet de ségrégation ou de discrimination de la population existante de la ZAD. Ou du moins des « Amis de Saint-Roustan » puisque, ça y’est, il n’a pas attendu la fin des négociations pour faire changer le nom du campement.

DEUS QUOQUE NON EST SED SALTEM SUMUS

Du côté des amis de la Zad-Roustan, pardon, des « Amis de Saint-Roustan », la question a été résolue avec plus de nuance : « Dieu non plus n’existe pas mais nous, au moins, on existe ». Ils envisageraient donc, pour marquer leur différence existentielle avec Saint-Roustan, de s’attribuer la devise « DEUS QUOQUE NON EST SED SALTEM SUMUS ».

Youssef Staline

Édition papier

Le Saint-Roustan Post n°8

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