Le Saint-Roustan Post n°6

Pacifiques contre le barrage

Un article de Eddy Planel intercepté avant publication officielle par un outrecuidant pirate et paru dans « Le Torchon » (qui porte bien son nom)

La mère de Marguerite Duras n’a pas réussi à arrêter le Pacifique. Saint-Roustan verra-t-elle la Roustinière empêchée ?
Petit à petit, la rivière gagne du terrain en « prenant » de nouvelles aises sur les pâturages alentour du bourg et on assiste à des phénomènes curieux : en s’étalant sur l’ancien lit, elle rencontre à grands coups de remous incompréhensibles, des vortex qui laissent pantois les observateurs.

L’eau n’est pas plate

Les analyses des images des drones laissent apparaître un phénomène incongru : on dirait que la rivière n’est pas horizontale.
Or, depuis le fond des mémoires humaines (et la consultation des vieux grimoires à tout hasard), il semble bien que l’humanité ait compté sur la planéité imperturbable des liquides, même les plus visqueux.
D’après les calculs poussés grâce à l’intelligence artificielle, il se pourrait que la Roustinière devrait être plus haute qu’elle ne l’est à certains endroits et plus basse à d’autres.

Les savants à l’œuvre

Des réunions se succèdent en visioconférence avec des géophysiciens du monde entier qui se penchent avec gourmandise sur le cas au point d’oublier de proposer des solutions.
Vincent Pichard aurait même rétorqué à un journaliste : « réparer ça, vous n’y pensez pas ? C’est foutrement intéressant à étudier. Faut surtout pas y toucher ».
A Saint-Roustan, antéphrasant les personnages de Manon des Sources, on a entendu :
« reprenez-la, l’eau, nous on n’en veut pas » !

Le barrage se fait oublier

Les images sont formelles : l’eau n’est pas arrivée au barrage. Ce n’est donc pas lui la cause de la montée des eaux sur le village. Seuls quelques complotistes commentent que, comme par hasard, il y aurait un barrage et il n’y serait pour rien…
« C’est une manœuvre pour éviter qu’on fasse barrage au barrage, ou qu’on le fasse péter une bonne fois pour toutes… » lit-on dans le Torchon.
La Roustinière continue à s’écouler paisiblement et puis s’enfonce au pied du barrage dans un vortex où tout ce qui flotte disparaît.
Même les savants n’ont pas d’explication à ce phénomène. « Du jamais vu », disent-ils.
Ceux que le mystère excite se perdent en conjectures : quid de ces galeries d’exploration creusées et qui n’ont pas mis à jour, puisque tout cela est souterrain, en tout cas révélé des cavernes dont on n’ose encore pas dater l’existence.
Vieux habitats néandertaliens (le carbone 14 ne suffira pas à la datation, nous expliquent les paléo-anthropologues), pas assez d’indices en tous cas pour laisser supposer qu’il ne s’agit que d’une ancienne galerie de mine (quand les premiers Rassilariens se prenaient pour des orpailleurs).
Les avis divergent, et ça commence à faire beaucoup, quant on entend aussi ça et là que, parmi tout ce qui a été aspiré par le vortex, il se peut que des choses comme des bouteilles de gaz aient connu un sort tragique et inadapté.
Il y a même une rumeur, que nous vérifierons, à propos d’un objet incongru inséré dans un orifice en plus incongrupréhensible.

Eddy Planel

Vortex

Le vortex en question

Édition papier :

Le Saint-Roustan Post n°6

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